Deux mois à la maison

Durant le confinement, j’ai décidé de témoigner du quotidien en confinement, d’étudiants et de jeunes travailleurs.

J’ai moi-même eu du mal à vivre les premières semaines d’enfermement, je me suis cherché autant pour trouver un équilibre dans mon quotidien chez mes parents, que dans mes projets personnels et scolaires. Lorsque j’ai compris que je devrais m’adapter à la situation, j’ai décidé de m’intéresser aux autres et à leurs ressentis face à cette crise particulière. Afin de ne pas trop élargir et me perdre dans mon projet, j’ai préféré me concentrer sur des profils similaires au mien : c’est-à-dire des étudiants, ou des jeunes adultes qui ont récemment pris leur indépendance.

Ce que j’aime dans ce projet, c’est le fait qu’il soit fixé dans le temps, et qu’il parle aux autres. Plus personnellement, j’ai aussi pris du plaisir à aller vers les autres et à revoir des personnes. J’ai pris du plaisir à échanger avec eux et à les écouter.

Alice, 16 ans

Alice est jeune mais je trouve qu’on ressent une certaine maturité lorsqu’on parle avec elle. Elle a pris goût à se satisfaire de peu et à prendre son vélo pour gagner en indépendance.

« Je regarde souvent le ciel car c’est quelque chose qui me passionne et durant le confinement j’ai remarqué que celui-ci était plus bleu, plus lumineux et que jamais de ma vie je n’avais vu un ciel aussi beau. Plus aucune traînée d’avion ne venait gâcher la vue, beaucoup moins de pollution, beaucoup plus de chants d’oiseaux. Peut être un hasard ou moi qui prête plus attention à cela je ne sais pas. »

Margot, 20 ans

Comme beaucoup, Margot prend du temps pour elle. Ça faisait du bien de se poser, de profiter de joies simples et préférer les perspectives et objectifs à court-terme. Des petits projets quotidiens pour soi.

Elle a profité de cette période pour expérimenter un peu plus en photo argentique, faire un bébé-métrage en ombres chinoises pour un festival. 

Clara, 21 ans

Sa peur de la situation a vite disparu, le confinement est finalement agréable.

Clara a pris le temps de réfléchir sur elle, de s’occuper de son corps et a passé du temps à cuisiner.

Laura, 18 ans

Le mot confinement rimait avec peur, peur de ne plus voir ses amis et de perdre ses habitudes.

Mais c’était l’occasion de se recentrer sur elle-même, en gardant tout de même contact avec ses amies les plus proches, qu’elle a continué à voir dès les premières semaines.

Juliette, 21 ans

Comme moi, elle n’a pas réalisé l’ampleur de la situation et elle pensait que ça passerait vite.  Juliette aussi, n’est plus allée à son kot, ni à l’école, n’a plus vu ses amis et voyait peu son copain.

Même si elle a la chance de vivre à la campagne, Juliette est exaspérée de rester chez elle et de la routine. Elle se sent bloquée. 

« Je pense aux prisonniers, même si certains disent qu’ils ont le grand luxe, la liberté est le plus grand des luxes. »

Bérénice, 26 ans

Bérénice est revenue en janvier d’une année en Australie. C’était l’occasion de reprendre ses marques en Belgique, car elle n’a pas pu retrouver d’emploi comme elle l’envisageait. Les mois de confinement étaient donc semblables à sa semaine de retour, sauf qu’elle n’a pas pu voir toutes les personnes qu’elle n’avait plus vues.

Elle a passé ces deux mois dans l’appartement de son frère, car elle n’a pas pu déménager. Ils ont pu se retrouver et vivre ces moments à deux.

Gaëtan, 27 ans

Gaëtan exerce dans un centre psychiatrique et comme ambulancier. Il a subi beaucoup de perturbations professionnelles que ce soit au niveau des horaires ou des protocoles de travail.

Les principaux changements se sont retrouvés dans l’arrêt de beaucoup d’activités récréatives, sportives et festives.

Il a acheté une maison seul il y a moins d’un an, et a découvert ce que ça fait d’être chez soi et de n’avoir «rien à faire».

Ana et Nicolas, 27 ans

Ana ne s’est pas sentie trop mal, et même chanceuse d’être en confinement dans leur loft avec Nicolas.

Elle a adoré être en confinement, rester chez elle, faire des choses qu’elle n’a pas le temps de faire. Elle relève aussi l’impact écologique qui s’améliore depuis quelques mois. On devrait être en confinement 2 semaines par an.

Quant à Nicolas, chanteur, compositeur et musicien, ça a pas mal bouleversé son travail. Il a du annuler sa tournée estivale mais il a pris le temps de travailler sur des projets futurs, dont son prochain album.

Lison et Bryan, 28 ans

Ce sont des sentiments de colère et dépit que Lison a eu envers le gouvernement en pensant à une réaction disproportionnée face au virus.

Maintenant, elle a le temps de faire ce qu’elle veut : s’activer ou ne rien faire si sa journée de travail a été pénible et qu’elle veut juste se reposer.

Elle voit maintenant les choses positivement. Elle n’a jamais arrêté de travailler mais pouvoir arrêter de courir partout est un vrai plus. Elle aimerait réussir à garder ce «ralentissement» une fois qu’on sera déconfinés.

Sarah, 19 ans

Sarah était surtout curieuse et se posait beaucoup de questions sur la suite des événements : comment ? pour combien de temps ?

Au final, le confinement lui a fait un grand bien, dans sa situation. Elle a pu faire ce qu’elle aime : promenades dans la nature, siestes au soleil, nouvelles recettes, passer du temps avec sa meilleure amie qu’elle voyait moins. 

Émilien, 23 ans

La situation ne change pas trop de son quotidien car il se confinait déjà "à gauche à droite" quotidiennement. Il a continué à aller chez des amis pour travailler.

Ali, 20 ans

Au départ, elle n’y croyait pas et se disait que ça allait durer quelques jours voire 2 semaines maximum ... Elle n’allait plus à l’école, ne voyait plus personne à part ses parents et parfois ses sœurs.

Elle en a profité pour faire plus de sport, se lever plus tard que d’habitude, essayer de trouver de nouvelles recettes de cuisine.

Le confinement n’aura pas été une période facile en tant qu’étudiante en première à l’université, entre les cours à distance, le stress des examens, et de ne pas savoir comment les choses allaient se dérouler.

Timoté, 21 ans

J’ai commencé cet isolement angoissé, mais motivé et j’ai pris du temps pour faire du tri dans ma chambre, vider mon kot, trier et rééditer des photos, et me refaire un site internet.

Plus le temps avançait, moins j’avais de motivation et j’étais de plus en plus passif.

Mais j’ai pu passer trois semaines complètes avec ma copine et ça fait du bien, car on se voit peu quand je suis à Bruxelles.

J’ai pris du plaisir. Je l’ai déjà dit mais je suis content. En commençant ce projet je ne savais pas exactement où je me dirigeais.

Pour réaliser mes premières images, je suivais l’idée de photographier chaque personne dans son quotidien. Je souhaitais que chacun réalise une activité mais après quelques rencontres, je me suis rendu compte que ce n’était pas le rendu que je recherchais. Je trouvais ces images fausses, elles manquaient de naturel et de spontanéité.

J’ai ensuite suivi l’idée plus minimaliste de photographier les gens chez eux. Les images me plaisaient d’autant plus et le plaisir de photographier revenait au fur et à mesure de mes échanges avec les autres. Chacun me parlait de sa vision de la situation et me donnait des idées pour réaliser son portrait. Pendant ce temps-là, j’observais autour d’eux et je me faisais également des idées de compositions. On parlait beaucoup, parfois une bonne heure avant de réaliser les premières photos. Je pense que c’était une étape fondamentale dans ma démarche, c’était un plus pour être à l’aise des deux côtés de l’appareil.

Aujourd’hui (25 juin 2020), je fais toujours attention à ce que je fais et aux personnes que je fréquente. Mais ce projet m’a permis de trouver une petite morale à la période que nous traversons. Beaucoup ont repris le goût des choses simples. J’ai photographié au total 29 personnes, dont moi. Nous sommes tous différents, vivons dans des lieux différents, mais nous avons tous été impactés et chacun a réussi à retirer du positif de la situation.